Comment Waechter s’est retrouvé avec les Verts

waechterC’était la réconciliation que les écolos alsaciens n’osaient même plus attendre.

Vendredi 8 septembre 2009, quelques personnes se retrouvent dans le plus grand secret dans une salle du conseil régional d’Alsace à Strasbourg. Jacques Fernique, alors conseiller régional des Verts et actuelle tête de liste écologiste aux élections régionales, rencontre Antoine Waechter et quatre de ses proches du Mouvement écologiste indépendant (MEI).

Pour que cette rencontre ait pu avoir lieu, il aura fallu toute la détermination d’une palette de militants écologistes historiques, du genre de ceux qui se sont battus contre la construction de la centrale de Fessenheim en 1974 et qui ont fondé l’écologie militante et politique en Alsace. Car entre les Verts et le MEI, on s’apprécie comme dans les grandes familles, de loin. Les rancunes sont tenaces.

L’alliance, contre toute attente

A tel point que Françoise Werckmann, du MEI et l’une des artisans de ce rapprochement, a dû solliciter le père d’un ami personnel d’un conseiller municipal Vert pour que ce dernier accepte de lui répondre au téléphone! «Pour lui, étant MEI, j’étais presque le diable, se souvient Françoise Werckmann. On a parlé plus d’une heure au téléphone, puis on s’est retrouvés dans un café où, après des échanges un peu froids au début, on s’est rendus compte qu’on était tous des écolos finalement.» Quant à Antoine Waechter, il a été approché par des écologistes historiques non-Verts, des élus de terrain tels que Dany Dietmann ou François Tacquard, restés à l’écart des querelles de chapelles pendant 30 ans et qui ont accepté de rejoindre Europe Ecologie à la suite de l’appel lancé par les Verts Alsace en juillet, après le succès des élections européennes.

Pour Jacques Fernique comme pour Antoine Waechter, la réunion du 8 septembre ne pouvait cependant déboucher que sur un constat de désaccord. Les différences entre les deux formations sont profondes, notamment l’ancrage à gauche des Verts, cause du départ d’Antoine Waechter en 1994. Et le président du MEI venait d’envoyer une lettre à Cécile Duflot dans laquelle il réclamait en cas d’alliance «7 ou 8 têtes de liste sur 22», des exigences que les Verts avaient trouvées gonflées… Cependant, à la surprise générale, les participants à cette réunion font le constat que ce qui les rapproche est plus important que ce qui les divise.

«On n’a pas perdu de temps à ressasser de vieilles histoires, se rappelle Jacques Fernique. On était d’accord sur le projet écologiste que nous voulions porter pour la région et sur le partage des places de la liste.» Et surtout, Antoine Waechter accepte qu’une alliance au second tour ne peut se faire qu’à gauche et ne réclame pas la tête de liste. «Ni droite ni gauche n’a jamais été une posture tactique, précise aujourd’hui Antoine Waechter. Il s’agissait à l’époque d’établir que l’identité écologiste se distingue de la droite et de la gauche et que les compatibilités doivent se discuter à chaque occasion, en fonction du rapport de force électoral.»

Des rancunes tenaces

Proposé à l’assemblée générale des Verts le dimanche suivant, le principe du partenariat avec le MEI est accepté à une large majorité par les militants. Quelques voix discordantes se font entendre cependant, comme celle de Jean-Marie Brom, du réseau Sortir du Nucléaire, qui pointe «si nos alliés ne sont nos alliés que par leur potentiel de nuisance, ce ne sont pas vraiment nos alliés». Visés, les 7% qu’a réalisé le MEI aux élections européennes et qui ont coûté son siège d’eurodéputé au Vert Jacques Muller. Mais «au nom de la politique», Jean-Marie Brom, qui a été président pour le Bas-Rhin d’Ecologie et survie en 1978, la première association écologiste créée par Antoine Waechter, accepte de taire ses réticences. Mais il prévient: «S’il m’emmerde sur l’énergie éolienne, je lui rentre dedans, allié ou pas!», en référence à la participation d’Antoine Waechter à des manifestations d’opposants à l’installation d’éoliennes.

Le bouillonnant Manuel Santiago, lui, n’a pas pu se taire. Figure de l’aile gauche des Verts strasbourgeois, il avait déjà mal vécu la timidité des élus Verts face aux rigueurs policières du sommet de l’Otan à Strasbourg en avril 2009. Les places laissées au MEI sur des positions éligibles le reléguaient loin derrière, il a claqué la porte et se présente en mars à la tête d’une liste «écologiste, solidaire et décroissante».

Où sont les jeunes?

C’est le drame de la liste alsacienne d’Europe Ecologie. Si réconcilier des écolos historiques qui se boudaient depuis plus de 30 ans est une réussite incontestable, Jacques Fernique a peut-être délaissé les plus jeunes de son parti: les Verts sont minoritaires sur la liste, mais les grisonnants sont largement majoritaires.

Pour Antoine Waechter, Jacques Fernique, Françoise Werckmann, Dany Dietmann et d’autres, cette liste est «quelque chose de formidable» et la preuve d’une «nouvelle maturité de l’écologie politique». Elle rassemble à nouveau Andrée Buchmann et Antoine Waechter qui ont été les premiers conseillers régionaux écologistes en 1986. Si Europe Ecologie remporte la région, ce qui serait une première depuis la création des conseils régionaux en 1972, comme un sondage permet de le supposer, on verra si cette maturité est capable de résister à l’épreuve de l’exécutif.

Pol Meyer, à Strasbourg

Image de une: Antoine Waechter en janvier 2007. REUTERS/Benoit Tessier


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