Elie Arié revient sur le vaccin contre la grippe A, et les nombreux commentaires laissés sur son dernier article l'amènent à penser que le sens de l'intérêt général a pratiquement disparu.


Centre de vaccination - BFMTV

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Dans un article récent, j’avais mis l’accent sur l’absence de sentiment de solidarité sous-jacente aux résistances contre la campagne de vaccination anti-grippe (H1N1), ce qui a déclenché un flot sans précédent d’injures et d’agressivité démontrant que j’avais visé juste, personne  n’aimant être mis en contradiction entre ses discours et ses comportements.

Dans toute vaccination, coexistent une dimension de protection individuelle de sa propre santé, à laquelle chacun est sensible, et une dimension collective de santé publique laissant beaucoup trop de gens indifférents et pouvant être parfois en

contradiction avec la précédente : le rapport bénéfice/risques individuel n’étant pas le même que le rapport bénéfice/risques collectif- ce qui mérite quelques explications.

Pour mettre fin à une épidémie, voire pour éradiquer définitivement  une maladie, il faut réussir à vacciner une proportion suffisante de la population pour que le virus responsable ne trouve plus assez d’hôtes pour se reproduire, et disparaisse : cette proportion dépend des caractéristiques de chaque virus ; c’est ainsi que la variole a pu être totalement éradiquée de la planète grâce à un vaccin comportant des risques rares mais graves, mais ayant fait un nombre certain de victimes ; le caractère obligatoire de ce vaccin et de ses risques a été très majoritairement accepté à l’époque, car il a été perçu comme une guerre livrée à une maladie, guerre qui  devait obligatoirement faire des victimes, mais qui a été gagnée (même si le vaccin n’a pas été la seule cause de cette éradication) ; grâce a cette victoire totale, aujourd’hui, il n’est plus nécessaire, et ni la variole, ni son vaccin, ne font plus de victimes.

Il en est de même pour le vaccin antipoliomyélitique, qui a permis d’éradiquer totalement la poliomyélite des pays développés (mis non, comme on l’espérait il y a quelques années, de la planète, le taux de vaccination n’étant pas suffisant dans beaucoup de  pays sous-développés) ; en Europe, les derniers cas de poliomyélite remontent à 1992, aux Pays-Bas, parmi les membres  d’une secte refusant les vaccinations ; la campagne de vaccination de masse a fait passer son incidence de 350 000 nouveaux cas par an en 1988 à environ 1 500 en 2008, et son éradication est totale sur tout le continent américain, en Europe et dans les régions OMS du Pacifique occidental, Chine comprise. En 2008, la maladie restait endémique dans seulement quatre pays (Nigeria, Inde, Pakistan et Afghanistan) qui concentraient à eux seuls la quasi totalité des cas.

Il n’en est malheureusement pas de même pour d’autres vaccinations ; chacun connaît les risques graves de malformations fœtales qu’entraîne la rubéole chez les femmes enceintes ; pour espérer éradiquer totalement cette maladie, il faut vacciner une part importante de la population, y inclus les garçons, pour lesquels elle ne présente évidemment aucun risque, cette vaccination des garçons contre la rubéole  constituant une parfaite illustration du vaccin inutile pour l’individu, utile pour la collectivité; elle est réalisée parce que le vaccin contre la rubéole est intégré au vaccin contre la rougeole et les oreillons (vaccin ROR), aussi utiles aux garçons qu’aux filles ; mais les délires obscurantistes anti-vaccinaux qui fleurissent aujourd’hui dans une partie de la population, malheureusement parfois relayés par quelques médecins irresponsables, font que le taux de couverture par le vaccin ROR reste légèrement insuffisant, en France, pour espérer l’éradication de la rubéole : il faudrait, pour cela, une vaccination de 95% de la population, alors qu’elle est actuellement de 91% à l’âge de 6 ans.

Et c’est bien la pratique effective de la solidarité qui est ici en cause, solidarité bien plus présente, en France, dans les discours que dans les comportements. Ainsi, notre taux de syndicalisation, chez les salariés, n’a jamais dépassé les 7 à 8%, contre plus de 50% dans les pays scandinaves, en Grande-Bretagne et en Allemagne (même s’il est actuellement en baisse dans ces pays).

Il en est de même pour notre comportement vis-à-vis de l’impôt sur le revenu, qui a toujours été impopulaire en France, y inclus « à gauche », alors qu’il s’agit de la forme la plus juste du financement de la solidarité ; et le fait que la moitié des foyers fiscaux en soient exemptés ne contribue guère à l’éducation civique : mieux vaudraient des salaires et des revenus de remplacement (RSA, etc.) plus élevés, mais tous soumis à l’impôt sur le revenu, fût-il infime ; nous sommes à l’antipode d’un pays comme la Suède, où les prélèvements obligatoires sont plus élevés que chez nous, mais où la fraude fiscale est exceptionnelle : les Suédois ont pleinement conscience du fait que payer des impôts élevés est une chance qui leur permet  une société plus solidaire,donc plus agréable pour y vivre ; état d’esprit très éloigné du nôtre, pour qui ce sont surtout les impôts des autres qui sont jugés insuffisants.

Et tout cela a, pour moi, un rapport direct avec le débat contre le vaccin de la grippe A (H1N1), qui n’existe pratiquement pas dans les autres pays développés: au Canada, 55% de la population est déjà vaccinée, malgré des accidents graves dus à un lot du vaccin qui présentait un défaut de fabrication et qui a dû être retiré de la circulation.

Et maintenant, la parole est aux commentaires des  injurieurs, grands apologistes de la solidarité, mais non syndiqués  et adversaires de la vaccination et des impôts...